Cannabis, réglementons ! Le point de vue du MR

Lisiane LECLERCQ

 

UGS : 2018032 Catégorie : Étiquette :

Description

Prêt à bouger ? Prêt à légaliser ? Et comment ?

Ma position est plus délicate dans le sens où je suis ici au nom du député Philippe Knaepen qui a été retenu en Commission du Budget au Parlement de la Région wallonne. Je représente donc l’avis global du député, ainsi que mon avis personnel, mais je tiens à souligner qu’il ne s’agit pas de l’avis de l’ensemble du parti, étant donné que, comme on le sait, il n’y a pas de consensus au sein du MR sur le sujet.

D’un côté, il y a la loi actuelle qui prône, effectivement, une tolérance zéro, bien qu’on sache qu’elle n’est pas toujours appliquée sur le terrain. D’un autre côté, il y a notamment la position des jeunes MR. Ce sujet est d’ailleurs particulièrement d’actualité ce jour, puisque l’on sait, par exemple, que les Jeunes MR de Bruxelles se réunissent pour parler de la question : « Le cannabis, on légalise ou pas ? ». Les Jeunes MR sont, pour la plupart, pour une légalisation et pour une régulation du cannabis, tandis que d’autres membres du parti ne le sont absolument pas. Dans ces conditions, il est difficile de se positionner. Je parlerai donc principalement de l’avis de Philippe Knaepen, comme député et comme président de la Fédération de Charleroi. Et je parlerai également en mon nom propre, lorsque je ne connais pas l’avis du député, concernant certains détails, par exemple.

Dans un premier temps, il faut une législation qui soit claire et qui ne permette justement pas de flou juridique, comme cela a pu être le cas jusqu’ici. À titre personnel, lorsque je consulte mes amis, ceux-ci me parlent des nombreux magasins de cannabis. En apprenant qu’ils n’en sont pas vraiment, qu’il s’agit de CBD, ces amis s’interrogent alors sur ce qu’est le CBD. La communication n’est pas toujours claire. Quand j’en parle autour de moi, les gens ignorent même qu’aujourd’hui la tolérance zéro est encore de mise. Il y a, selon moi, un vrai manque de communication.

Je trouve qu’une première communication des politiques vers les acteurs du secteur, puis vers les acteurs du terrain, et enfin du terrain vers le consommateur, devrait avoir une ligne plus claire qu’elle ne l’est aujourd’hui.

Globalement, Philippe Knaepen et moi sommes en faveur d’une régulation et d’une législation plus claire autour du cannabis. Le constat de l’échec des politiques répressives est clair. Il suffit de se balader dans les rues, un peu partout, pour savoir qu’il y a une facilité énorme à trouver du cannabis aujourd’hui. C’est, ici, une question de santé publique. Et cela reste le premier argument qu’il faut mettre en avant, le premier argument qui fera bouger les choses, qui fera bouger les politiques aussi.

Ensuite, au MR, revient souvent la question de la banalisation. On leur dit : « Et ‘si’ on bouge, ‘si’ on dépénalise, il va y avoir une banalisation trop grande ». La question serait plutôt de se demander si ce n’est pas « déjà » banalisé, en tout cas sur le terrain. À titre personnel, je dirais que : « Oui, c’est déjà le cas ».

Et pour ceux qui pensent que ce n’est pas le cas, a contrario, je répondrais que, parfois, la banalisation peut avoir du bon, dans le sens où il n’y aurait plus cette transgression de l’interdit. Quelquefois, l’envie de consommer disparaît en même temps que l’envie de transgresser, d’être « cool » et de faire ce qui est interdit.

La réglementation du cannabis permettrait également d’avoir de vraies statistiques, parce qu’il est vrai que beaucoup de chiffres différents sont évoqués et qu’on ne sait pas exactement quelles sont les consommations. Il est important d’avoir une base chiffrée solide pour avancer en tout connaissance de la réalité du terrain.

Il faut légiférer clairement là-dessus, mais il faut aussi des balises. L’âge de seize ans a été évoqué. Les majorités ne sont pas fixes, elles ne sont pas figées, mais en ce qui concerne le MR, en tout cas pour Philippe Knaepen et pour moi, on resterait quand même sur l’âge de dix-huit ans. C’est une balise importante à conserver. Il n’en reste bien sûr pas moins qu’il y a des consommateurs mineurs et qu’il faut travailler pour trouver des solutions adaptées à ces cas spécifiques.

Mais est-ce que ça ne revient pas au même phénomène que l’on peut observer chez les jeunes avec la cigarette ou l’alcool ? Quand c’est interdit, il est toujours simple, finalement, de demander à un grand frère (par exemple) ou à une autre personne majeure de son entourage de se procurer malgré tout du cannabis par la voie légale ? D’autant que, selon moi, le public mineur n’est pas le public cible le plus « rentable » pour les marchés parallèles. Il est donc possible qu’avec ce public comme seule clientèle, les marchés parallèles s’essoufflent d’eux-mêmes… Autant de paramètres à prendre en compte.

Évidemment, je suis en faveur d’organismes agréés, pour une production contrôlée et pour une vente qui le soit également. En ce qui concerne les supermarchés, le MR est également contre, comme tous les autres représentants de parti, semble-t-il. On est contre, parce que c’est trop large, parce que l’accès serait trop facile. Je pense que cela doit rester une démarche de la part du consommateur d’aller vers une officine, comme cela a été suggéré par certains, ou vers une pharmacie, comme cela se fait déjà ailleurs. Il faut surtout qu’il y ait un vrai système de contrôle, notamment de qualité. Parce que je le répète, c’est avant tout un problème de santé publique.

Comment expliquer la politique actuelle si ferme en matière de cannabis, cette tolérance zéro ?

Selon moi, à l’origine, c’était vraiment dans l’esprit de mettre un terme au flou juridique qui existait jusque-là. Parce que la tolérance en place dépendait, finalement, d’un Parquet à l’autre et d’une interprétation à l’autre. Il y avait une réelle volonté aussi d’endiguer le phénomène croissant de marchés parallèles. Mais il me semble que l’effet n’a, jusqu’ici en tout cas, pas été celui escompté.

Ce qui est certain, c’est que les informations seront relayées et que l’avis des Jeunes MR sera pris en considération. Encore une fois, à mon niveau, je ne sais pas jusqu’à quel point il sera pris en compte, parce qu’il est vrai qu’aujourd’hui, il existe encore un vrai clivage dans le parti sur le sujet. Il y a débat, c’est sain et démocratique. Mais je pense qu’à long terme, on pourra trouver des pistes de solution qui conviendront à tous.

Sur le sujet du cannabis, il existe encore beaucoup de clichés, et parfois une méconnaissance du produit et du terrain. Il y a vraiment dans ce dossier matière à travailler et il ne faut pas y aller à l’aveugle ou à l’emporte- pièce. Là-dessus, tout le monde est d’accord.

Pour ce qui est de la distribution, le MR pensait aussi, au-delà des officines, au réseau de pharmacies existant. Ce réseau permettrait peut- être, également, de toucher tout ce qui est milieu rural. Puisque chaque village a sa pharmacie, on pourrait peut-être partir de là. C’est une option possible, une piste à analyser. Il y a sûrement certains écueils qui n’ont pas encore été réalisés. Donc, pour le MR, c’est à ce stade une piste à creuser.

L’alcool, le cannabis et les autres drogues, rassemblés sous une même législation plus ferme ?

À titre personnel, j’y suis relativement favorable. Mais cela va être très compliqué, puisqu’il est très difficile de reprendre ce qui a été donné, en matière d’alcool notamment. Ce me semble donc difficilement réalisable, mais louable. En tout cas pour l’alcool et le cannabis.

« Officines », plutôt dans le style des pharmacies ? Ou plutôt dans le style des CBD shops qui fleurissent, actuellement, mais alors réglementés par l’État ?

Pour le MR, les officines spécialisées concernent uniquement le cannabis. Et cela impliquerait également de conserver la souche pour preuve que cela a été acheté dans un réseau officiel.

Quels sont les experts consultés par les hommes et les femmes politiques qui portent ce projet de société ?

En réponse aux autres représentants, effectivement, le MR n’a pas de texte sur cette proposition aujourd’hui. Mais, il est évident qu’il faut consulter les acteurs de terrain, puisque ce sont eux qui connaissent le mieux le sujet, les habitudes des consommateurs, ce qui se dit et ce qui se fait, ainsi que les scientifiques. Toutefois, vous me dites que le MR n’a consulté personne pour mettre en place sa politique. Sur quoi vous basez- vous pour l’affirmer ? Si vous attendez de moi l’agenda de Maggie De Block ou de savoir exactement qui elle a consulté, je ne peux vous le dire, mais il est évident que des experts ont été consultés.

En dehors de cela, n’ayant pas de texte sur le feu, pour l’instant, il m’est difficile de répondre. En revanche, les Jeunes MR sont déjà venus à une rencontre au Cal pour discuter de ce sujet. Ils ont aussi rencontré plusieurs scientifiques dans le domaine et plusieurs spécialistes en assuétude. Donc, c’est en cours.

Légalisation : quelle distinction entre le cannabis thérapeutique et le cannabis récréatif ?

La réglementation est importante au niveau du cannabis thérapeutique, car c’est une question de non-sens supplémentaire. En Belgique, on a réglementé et on a accepté le cannabis thérapeutique. Pourtant, bien qu’ils « puissent » en avoir, les patients ne savent pas où s’en procurer et se retrouvent ainsi dans l’obligation de se tourner vers un marché parallèle. C’est alors un non-sens, comme on peut l’observer aux Pays-Bas où on permet la vente, mais pas la production.

Il y a, effectivement, une différenciation à faire, ne serait-ce que par les réseaux de distribution. On se tournerait alors davantage vers les pharmacies pour la vente du cannabis thérapeutique, afin d’éviter aux malades de se tourner systématiquement vers les marchés parallèles.

Informations complémentaires

Auteurs / Invités

Lisiane Leclercq

Thématiques

Assuétudes, Cannabis, Droit / Législation, Politique belge, Questions et options philosophiques, politiques, idéologiques ou religieuses, Questions éthiques, Santé, Santé mentale

Année

2018

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