Bye-bye à l’unilinguisme

Jan Reynaers

 

UGS : 2010032 Catégorie : Étiquette :

Description

Je donne suite à l’appel public lancé par la rédactrice en chef du journal Le Soir à son homologue flamand du Standaard.

« Plus de belles manières » (taalhoffelijkheid) implique, selon moi, plus de bilinguisme.

D’abord, de la part des responsables politiques, aussi bien en périphérie qu’à Bruxelles ; celui qui exerce un mandat politique à Bruxelles ou en périphérie se devrait d’être bilingue fonctionnel, c’est-à-dire faire preuve d’une connaissance proportionnelle aux exigences de la fonction exercée.

Quand mes compatriotes francophones comprendront-ils qu’ils peuvent être et rester « francophones à part entière » en périphérie, tout en devenant bilingues ? Bilinguiser un francophone est l’exact contraire de le « flamandiser » ! Est-il normal que dans notre petit royaume on fasse de brillantes carrières politiques tout en restant unilingue ? Alors que pour n’importe quelle fonction publique à Bruxelles, on exige un bilinguisme, soit élémentaire, soit suffisant. Est-il normal qu’aucun dirigeant politique ou syndical francophone à Bruxelles ne fasse d’appel public pour que les chômeurs non qualifiés (dont une majorité d’origine non belge) s’inscrivent au cours de néerlandais (offerts gratuitement) afin d’avoir une chance de trouver un emploi ?

Certes, le bilinguisme et le respect de la multiculturalité devraient s’appliquer dans les deux communautés. Je m’explique : la classe politique flamande doit accepter cette présence substantielle de francophones dans les communes unilingues flamandes autour de Bruxelles.

Dès 1976, on voyait ce slogan maladroit et provocateur :

Dilbeek, waar Vlamingen thuis zijn.

Ceci est une forme « civilisée » d’apartheid.

Le slogan adéquat devrait être :

Dilbeek, Vlaamse gemeente waar meertaligen thuis zijn.

Et je regrette que la nouvelle génération de Flamands est de plus en plus unilingue (au sens belge du terme évidemment) et par là moins Belge.

Habitant depuis 1994, la commune de Sint-Genesius-Rode, je me suis intéressé de plus près à nos conflits linguistiques.

À cause des circulaires Peeters-Martens (1997, confirmées par celle de l’actuel ministre flamand de l’Intérieur Mario Keulen), je constate que le FDF a de nouveau le vent en poupe et vient de quadrupler son score lors des dernières élections communales. Éric Libert (le numéro deux du FDF) y a gagné les élections avec le slogan simple « Sauvez les facilités ».

Tout cela à cause de l’envoi uniquement en néerlandais des convocations électorales pour les habitants francophones… Si c’était en allemand (notre troisième langue nationale, parlée par seulement soixante-cinq mille Belges, là je comprendrais ! C’est tout à fait surréaliste puisque je suis allé voter dans ma commune sans convocation en ne montrant que ma carte d’identité ! La Belgique est décidément un pays surréaliste. Laissons ce style à René Magritte et à Paul Delvaux : ils font ça mieux que nos politiciens !

Comme quoi l’adage « les extrêmes se touchent » est toujours d’application !

Le FDF, tout aussi extrémiste que le NV-a, mène un combat d’arrière-garde en se basant sur le principe : parlons toujours et partout le français et rien que le français. Une sorte de « prime à la paresse linguistique », qui n’a rien à voir avec de soi-disant « incapacités intellectuelles » de la part des francophones.

Luc Delfosse (rédacteur en chef adjoint du journal Le Soir) l’a déclaré dans une interview au journal De Morgen (5 février 2005) :

« […] Les francophones en Flandre ne peuvent continuer à se comporter ainsi… Le temps du colonialisme est révolu (Congo, Indonésie) donc également en périphérie. J’habite dans le Brabant wallon et je constate que des milliers de Flamands qui y vivent parlent couramment le français… »

Je n’ai rien à y ajouter.

Je suis le premier à condamner la mentalité des « nouveaux riches » revanchards et suffisants, qui votent pour le Vlaams Belang (ou pour d’autres partis flamands…). La non-digestion de l’histoire de notre pays est une forme de « reflux gastrique politico-historique ». Mais j’ajoute que cette « maladie belge » n’est pas le monopole des Flamands. Toute une génération de dirigeants du Fdf est marquée à vie par les évènements de 1966-1968 de Leuven via les slogans Leuven Vlaams et Walen Buiten.

Est-ce que l’UCL se porte si mal dans son magnifique campus d’Ottignies – Louvain-la-Neuve ? Poser la question, c’est y répondre.

Bien connaître notre histoire, c’est fort utile, en abuser est nocif pour le « bien vivre ensemble », surtout à Bruxelles et en périphérie. Question : est-ce que Francophones et Flamands parlent de la même histoire ou y-a-t-il deux grilles de lecture des mêmes événements ?

Le principe de la territorialité (le « droit du sol ») n’est pas une invention flamande : la Wallonie l’applique de façon stricte et même restrictive depuis 1932 ; le Mouvement wallon a saboté durant quelques années la création de la petite école flamande à Comines. Le droit des gens n’est pas incompatible avec des délimitations administratives basées sur la langue, comme dans d’autres pays fédéralistes.

Je conseille aux francophones de dire dorénavant « Bye-bye à l’unilinguisme » au lieu de craindre le slogan Bye-bye Belgium.

Je reste cependant optimiste et compte sur la nouvelle génération de francophones bilingues… Mais voudront-ils s’occuper de politique ?

Je résumerai toute notre histoire linguistique belge ainsi : un excès de liberté (= parler partout et toujours le français) joint à un excès d’égalité (= vouloir toujours égaliser ce qui est et restera inégal, c’est-à-dire le rayonnement international de votre langue et de la mienne) conduit finalement à un manque de fraternité en Belgique.

Le philosophe français Alain a dit :

La pensée unique devient vraiment dangereuse lorsqu’on n’en a qu’une…

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Informations complémentaires

Année

2010

Auteurs / Invités

Jan Reynaers

Thématiques

Conflits culturels en Belgique, Questions et options philosophiques, politiques, idéologiques ou religieuses