Description
« J’ai été comme toi, tu seras comme moi »[1].
Dans notre société obsédée par les apparences, qui porte son admiration sur des personnages incultes, médiocres, vulgaires, grossiers, stupides, racistes, misogynes, homophobes, où la superficialité règne en maître, où les fake news répandues dans les réseaux dits « sociaux » priment sur l’objectivité et l’observation impartiale des faits, où les médias mercantiles répandent des contre-vérités facilement réfutables quand on daigne s’informer dans la presse sérieuse, il est regrettable de constater que certains se complaisent dans l’étroitesse d’esprit, la vanité démesurée de ceux qui croient tout savoir et ne savent pas grand-chose.
Parmi ces âmes égarées méprisant les personnes de quelques années plus âgées en les reléguant au rang de simples radoteurs, sans même daigner leur accorder un regard bienveillant ni prendre la peine de réfléchir à leurs propos, ces infatués de nullités ne doutent de rien, se confortant dans leurs bévues en dédaignant ce qui pourrait les éclairer. Ils oublient que la jeunesse est affaire de mentalité et comme l’a dit Bernard Pivot : « Il y a des petits vieux de naissance et des enfants inusables ». L’âge modifie notre apparence physique, nos relations aux autres et l’image de nous-mêmes qu’ils perçoivent, que nous renvoie le miroir et que nous n’acceptons pas facilement.
À ces personnes qui déambulent dans l’obscurantisme, je m’adresse aujourd’hui, non pas pour leur lancer des mots enflammés, mais pour leur offrir un miroir où ils pourront contempler la petitesse de leur âme étriquée. En méprisant ceux qu’un jour ils seront, ils révèlent leur propre pauvreté intellectuelle et morale et se condamnent d’avance à récolter le mépris qu’ils diffusent.
La sagesse, la richesse d’expérience et la profondeur d’âme qui caractérisent les aînés (du moins certains parmi les plus lucides) sont des trésors inestimables, bien au-delà de ce que la superficialité peut concevoir. Leur voix porte les échos d’expériences vécues, de leçons apprises et d’histoires qui méritent d’être entendues et méditées. Mais pour ceux qui ne jugent que sur les apparences, ces trésors restent inexplorés, enfouis sous le mépris et l’ignorance.
Pourtant, si seulement ils prenaient le temps d’écouter, de comprendre et d’apprécier, ils découvriraient la beauté insoupçonnée qui réside dans chaque mot prononcé avec justesse et bienveillance. Car ce sont là les marques de toute une vie, les témoignages d’une existence riche en émotions, en défis surmontés et en souvenirs chéris que nos aînés veulent partager. Qu’ils réfléchissent aux mots de Spinoza pour qui Dieu est la nature et donc nous-mêmes : ne pas se moquer, ne pas se lamenter, ne pas détester, mais comprendre !
Il est grand temps que nous nous réveillions de notre engourdissement narcissique, que nous regardions au-delà de ce qui se voit pour découvrir la véritable essence des êtres humains et des choses. Nos aînés méritent notre respect, notre admiration et notre gratitude, non pas pour ce qu’ils semblent être, mais pour ce qu’ils sont réellement : des gardiens de la mémoire collective, des guides dans le dédale de la vie et des sources intarissables de sagesse.
À ceux, qui se complaisent dans la superficialité et le mépris de l’âge, je lance cet appel : « Ouvrez les yeux, ouvrez votre cœur, et vous découvrirez un monde de beauté et de richesse insoupçonnées. Car la véritable grandeur ne se mesure pas à l’aune de ce qui paraît, mais à la profondeur des choses cachées et de notre humanité ». Méditons cette phrase attribuée à Goethe : « Vieillir, c’est se retirer graduellement de l’apparence ». Apparence qui ne dit pas ce qu’on est vraiment !
Car vieillir est souvent marqué par une diminution de l’importance accordée au physique, au regard des autres, ou aux normes sociales. À mesure que les années passent, on privilégie l’authenticité et la profondeur notre aspect ou aux jugements extérieurs.
Avec le temps, les expériences de vie poussent les gens à explorer leur monde intérieur, leurs pensées, valeurs et émotions. L’apparence, en tant que masque ou projection, perd de son importance au profit de la vérité personnelle et de la quête de sens.
Vieillir implique aussi une transformation corporelle visible, un retrait de « l’apparence » par l’effacement des signes de jeunesse, de force ou de vitalité extérieure, mais qui ouvre à d’autres formes de beauté intérieure ou spirituelle.
Se retirer de l’apparence serait une façon de transcender l’éphémère pour aller vers l’essentiel, les vérités intemporelles de l’existence.
Claude VASAMILLET, 8 mai 2024
Ce texte, « Au-delà des Apparences » est un pamphlet[2] contre l’étroitesse d’esprit, et un véritable coup de poing littéraire contre les travers de notre époque obsédée par le paraître. À travers une prose passionnée, Claude ne mâche pas ses mots pour dénoncer l’indigence intellectuelle et morale qui gangrène notre société. Mais soyons honnêtes, c’est aussi un peu comme recevoir un rappel à l’ordre de la part d’un grand-père au verbe acéré – avec une touche de Spinoza pour faire bonne figure.
L’auteur pointe du doigt l’admiration que nous vouons à ceux qui, malheureusement, sont parfois plus proches de l’ampoule grillée que du phare lumineux. Il nous offre une analyse acerbe, mais justifiée de la médiocrité ambiante, tout en nous invitant à lever la tête de nos écrans et à faire un véritable examen de conscience. Le passage sur les aînés est particulièrement pertinent : ils sont ici érigés en gardiens de la sagesse, détenteurs d’une richesse humaine inestimable que beaucoup choisissent d’ignorer.
C’est rafraîchissant et déconcertant. Claude Vasamillet semble être du genre à tendre un miroir à ces « infatués de nullités » (le genre de phrase qui fait sourire tant elle est cinglante) tout en leur demandant gentiment d’y jeter un coup d’œil : ils ne vont pas aimer ce qu’ils y verront !
Des utilisateurs assidus d’internet, souvent absorbés par les réseaux sociaux et les écrans, se retrouvent brusquement face à un texte ou un discours critique (une « diatribe[3] ») qui les déconcerte et risque de leur donner une diarrhée cognitive.
Ce texte est important non seulement pour sa dénonciation des dérives contemporaines, mais aussi pour l’hommage qu’il rend à la profondeur humaine, souvent occultée par la superficialité. Et avec une pointe de Pivot et une dose de Spinoza, c’est un rappel subtil que même dans le pamphlet, il y a toujours un peu de place pour l’humour érudit.
[1] Lu à l’entrée des cimetières en Italie.
[2] Texte court et violent qui fustige une idée (ou un personnage, une institution, un pouvoir).
[3] Synonyme de pamphlet.

Informations complémentaires
| Année | 2025 |
|---|---|
| Auteurs / Invités | |
| Thématiques | Humanisme, Questions et options philosophiques, politiques, idéologiques ou religieuses, Analyse critique, Critique des médias, Critique sociale, Dénonciation du jeunisme, Étroitesse d'esprit, Fake news, Mépris de l'âge, quête de sens, Rejet de l'ignorance, Sagesse des aînés, Spiritualité laïque |







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