À propos de l’antisémitisme et du conflit israélo-palestinien

Willy De Winne

 

UGS : 2014027 Catégorie : Étiquette :

Description

Les persécutions millénaires lancées contre les Juifs n’ont pas éradiqué la religion hébraïque. Après la Shoah, est né l’État d’Israël, où certains radicaux se fondent encore sur les écritures sacrées pour justifier leur politique d’expansion.

J’ai beaucoup d’amis juifs et je me suis longtemps demandé comment et pourquoi le peuple juif, qui a produit tant de prix Nobel, avait pu attirer sur lui tant de haine au cours des âges.

Ce qui caractérise ce peuple, c’est sa capacité à sauvegarder sa foi et sa culture malgré ses innombrables défaites militaires et ses déportations répétées. Les Juifs sont à chaque fois parvenus à préserver leur religion et leur orthopraxie cultuelle. Aucune grande civilisation, babylonienne, égyptienne, gréco-romaine, chrétienne médiévale, n’est parvenue à l’influencer durablement en matière de croyance et de pratique religieuses. Rarement des peuples ont pu sauvegarder leur particularisme religieux, exempt de tout prosélytisme, avec autant de constance tout en subissant autant de défaites, de persécutions et de déportations que le peuple juif. Il est vrai qu’après la Deuxième guerre mondiale et le crime hitlérien contre l’humanité à leur encontre, de nombreux Juifs ont perdu la foi et se sont démocratiquement intégrés dans la société laïque occidentale. Mais en même temps leur particularisme religieux a connu une forte renaissance depuis la fondation de l’État d’Israël et qui s’est cristallisée dans un sionisme extrême.

Au début de l’ère commune, il y avait bien eu un réformateur juif, nommé Jésus de Nazareth, connu pour avoir proposé de remplacer l’orthopraxie tatillonne juive avec ses multiples commandements et interdits apparemment sans cause, par une orthodoxie de foi en Dieu et d’amour pour tous les hommes, y compris les ennemis ! Une seule exception cependant contredisait ce message d’amour : Jésus tenait en horreur le clergé de son temps, qu’il qualifiait de « serpents, race de vipères » et qu’il vouait au feu éternel (Mt 23/2 à 39).

Aussi sa mise à mort pour blasphème sera considérée comme une victoire obtenue par ce même clergé. Et lorsque, plus tard, le christianisme triomphant, deviendra religion d’État de l’empire romain, le peuple juif tout entier, à la place de son seul clergé, sera considéré comme déicide et persécuté partout dans le monde. L’Évangile selon Matthieu [27/17 à 26] nous renseigne sur l’état d’esprit du peuple de Jérusalem revendiquant toute la responsabilité de la mise à mort de Jésus de Nazareth :

« Pilate demanda donc à la foule rassemblée : ‘ Qui voulez-vous que je vous relâche, Jésus Barabbas ou Jésus qu’on appelle Messie ’. Car il savait qu’ils l’avaient livré par jalousie. Pendant qu’il siégeait sur l’estrade, sa femme lui fit dire : ‘ Ne te mêle pas de l’affaire de ce juste ! Car aujourd’hui j’ai été tourmentée en rêve à cause de lui ’. Les grands prêtres et les anciens persuadèrent les foules de demander Barabbas et de faire périr Jésus. Reprenant la parole, le gouverneur leur demanda : ‘ Lequel des deux voulez-vous que je vous relâche ? ’ Ils répondirent : ‘ Barabbas. ’ Pilate leur demande : ‘ Que ferai-je donc de Jésus, qu’on appelle Messie » ? Ils répondirent tous : ‘ Qu’il soit crucifié ! ’ Il reprit : ‘ Quel mal a-t-il donc fait ? ’ Mais eux criaient de plus en plus fort : ‘ Qu’il soit crucifié ! ’ Voyant que cela ne servait à rien, mais que la situation tournait à la révolte, Pilate prit de l’eau et se lava les mains en présence de la foule en disant : ‘ Je suis innocent de ce sang. C’est votre affaire ! ’Tout le peuple répondit : ‘ Nous prenons son sang sur nous et sur nos enfants ! ’ Alors il leur relâcha Barabbas. Quant à Jésus, après l’avoir fait flageller, il le livra pour qu’il soit crucifié. »

Ces versets pèseront très lourds par la suite lorsque le christianisme triomphera en devenant la religion dominante. En effet, la communauté juive sera souvent considérée en cas de catastrophe et d’épidémie, comme « le bouc émissaire responsable et maudit » par les empereurs romains et par les rois catholiques en Occident. Mais aucune puissance étatique ou spirituelle n’est parvenue à convertir et à absorber le judaïsme, pourtant réduit à devoir payer des impôts spéciaux pour seulement être toléré par les rois catholiques. La persécution millénaire du peuple juif restera sans effet significatif sur leur foi malgré leur petit nombre.

Il faudra attendre la Révolution française et Napoléon, pour que les Juifs acquièrent enfin droit de cité.

L’antisémitisme connaîtra encore des flux et des reflux, tels que l’affaire Sirven, l’affaire Dreyfus, l’affaire Mortara, etc. avant d’atteindre son paroxysme en Europe, avec le génocide hitlérien. L’horreur générale mondiale face à ce crime contre l’humanité, permettra à l’Onu d’attribuer enfin un État aux Juifs en Palestine. Tout aurait pu s’arranger si la sagesse politique et religieuse des Juifs et des Palestiniens avait pu l’emporter sur le fanatisme religieux. Mais le bon sens a encore manqué et les symboles archaïques de part et d’autre ont prévalu avec le résultat désastreux que l’on sait. Du côté des Juifs, c’est le thème de « la terre promise » qui constitue un de ces symboles par lesquels l’histoire arrive parfois à repasser les mêmes plats au même endroit après des millénaires et pour les mêmes motifs de conquête d’une terre prétendument promise par un dieu strictement national et qui constitue un appel au meurtre de populations innocentes dont la seule présence sur cette terre justifierait l’arbitraire criminel divin. Mais le livre qui propage ces horreurs est encore toujours considéré comme saint en ce XXIe siècle par des juifs orthodoxes et croyants !

La terre promise (Deutéronome 7/1 à 6)

« Lorsque le seigneur ton Dieu t’aura fait entrer dans le pays dont tu viens prendre possession, et qu’il aura chassé devant toi des nations nombreuses, le Hittite, le Guirgashite, l’Amorite, le Cananéen, le Perizzite, le Hivvite et le Jébusite, sept nations plus nombreuses et plus puissantes que toi, lorsque le seigneur, ton Dieu, te les aura livrées et que tu les auras battues, tu les voueras totalement à l’interdit. Tu ne concluras pas d’alliance avec elles, tu ne leur feras pas grâce. Tu ne contracteras pas de mariage avec elles, tu ne donneras pas ta fille à leur fils, tu ne prendras pas leur fille pour ton fils, car cela détournerait ton fils de me suivre et il servirait d’autres dieux ; la colère du seigneur s’enflammerait contre vous et il t’exterminerait aussitôt. Mais voici ce que vous ferez à ces nations : leurs autels, vous les démolirez ; leurs stèles, vous les briserez leurs poteaux sacrés, vous les casserez ; leurs idoles, vous les brûlerez. Car tu es un peuple consacré au seigneur, ton Dieu ; c’est toi que le seigneur, ton Dieu, a choisi pour devenir le peuple qui est sa part personnelle parmi tous les peuples qui sont sur la surface de la terre. »

Ce ramassis d’horreurs, qui fait toujours partie de la Torah juive, a d’évidence alimenté l’antisémitisme au cours de l’histoire. Ces textes ont évidemment constitué une source d’accusation et de rejet pour les antisémites à travers les âges. L’idéologie nazie y a trouvé des motifs pour alimenter sa politique d’extermination. En concordat avec le Vatican, Hitler, le führer allemand du IIIe Reich, a même fait référence publiquement au livre d’Esther  en assurant que « sa solution finale » ne serait pas empêchée par une femme (sous le roi Xerxès la tentative d’extermination du peuple juif a pu être stoppée par la reine [juive] Esther). De nos jours, la politique de colonisation de l’État d’Israël à l’encontre du peuple palestinien ne fait qu’alimenter la haine religieuse et politique des islamistes du monde entier. Ceux-ci considèrent désormais Israël, soutenu par les États-Unis, comme leur principal adversaire, plutôt que les États chrétiens européens plus conciliants, car soucieux de préserver leur accès au pétrole arabique.

N’est-il pas navrant de devoir constater en ce XXIe siècle au Proche Orient, que le peuple juif, ayant lui-même échappé de peu à l’élimination totale par un crime contre l’humanité, perpétré par le Reich allemand nazi qui se proclamait de race supérieure, se trouve actuellement confronté au conflit israélo-palestinien, où par sa politique de colonisation, l’État d’Israël prétend vouloir occuper un territoire en extension constante par ses nouvelles colonies, où le symbole religieux de « la terre promise » garde sa vigueur ?

Quant aux populations palestiniennes, il ne leur est pas possible d’oublier d’avoir été chassées de leur terre à répétition à travers les âges : par les Hébreux occupant leur terre en vertu d’une prétendue promesse de leur dieu, par les croisés chrétiens venus délivrer un tombeau vide et à ce jour à nouveau par l’État d’Israël nouvellement proclamé et constitué dans le cadre de l’ONU.

Et faut-il ensuite s’étonner que tous ceux qui sèment le vent finissent par récolter la tempête ?

Post scriptum

Le Premier Testament n’est pas le seul « Livre Sacré » contenant de telles incitations à la violence !

Car même « le doux Jésus » manifeste sa violence en annonçant qu’il n’est pas venu apporter la paix sur terre, mais le glaive, et en qualifiant le clergé de son temps de « serpents, race de vipères » et qu’il les voue tous au feu éternel !

Et le saint Coran ne fait pas exception à la propagation de la haine religieuse en promettant le septième ciel à ceux qui sacrifient leur vie dans le combat pour Allah !

Comme les nationalismes, les religions sont polémogènes !

Une interprétation toute littérale des textes sacrés n’engendre-t-elle pas des injustices commises au nom d’un Dieu, de tous les dieux ?

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Informations complémentaires

Année

2014

Auteurs / Invités

Willy De Winne

Thématiques

Antisémitisme, Israël, Juifs, Palestine, Proche-Orient