« Sur cette pierre, je bâtirai mon Église »

Willy De Winne

 

UGS : 2011008 Catégorie : Étiquette :

Description

Je suis né le 6 juin 1930. Pendant ma jeunesse, je me suis longtemps demandé pourquoi l’Église catholique interdisait à ses fidèles de lire la Bible sans une supervision cléricale. Ensuite les nécessités de la vie ont occulté ce questionnement. Ce n’est qu’à l’âge de la retraite que le temps libre m’a permis d’explorer et d’étudier enfin cette religion qui m’avait été imposée sans mon consentement. L’expérience de la Deuxième guerre mondiale, et plus spécialement l’attitude déplorable de l’Église de Rome pendant la guerre d’Espagne, et ensuite son silence pendant le génocide perpétré par le facisme nazi, m’ont incité à y voir plus clair. Après la guerre, et malgré une tentative de redressement par Vatican II, les forces rétrogrades ont bien vite repris le dessus en matière de divorce, de contraception, d’avortement, de cellules souches, de la théologie de la libération, de l’omerta de Rome face aux crimes de pédophilie de ses clercs et ainsi de suite. Tout ceci a suscité en moi l’urgence d’y voir plus clair. C’est la reprise de mes études à l’ULB et la lecture des Évangiles confrontée au comportement du magistère romain qui m’ont définitivement convaincu de l’imposture historique et continuellement répétée de la papauté. J’applaudis au Sermon sur la Montagne de Jésus de Nazareth, mais je partage également sa haine viscérale pour « les scribes et les pharisiens hypocrites », que Jésus vouait au feu éternel, cette « race de vipères » qui « aiment se promener en robes longues et à être salués dans les places publiques ; qui recherchent les premiers sièges dans les synagogues et les premières places dans les festins » (cf. Marc 12/38 à 40)… tout comme aux récentes Jmj de Madrid. Ce sont ces mêmes « sépulcres blanchis » qui ont obtenu la crucifixion de Jésus et qui ont ensuite bâti une Église qui revendique son Nom en le trahissant (cf. Mt 7/22, 23).

Dans notre monde occidental, le monothéisme juif et ses deux prolongements, le christianisme et l’islam, révèlent le dialogue que l’Éternel consent à tenir avec les hommes.

Très exceptionnellement, et seulement en Occident, l’Éternel leur parle directement comme par exemple à Moïse en prenant la forme d’un buisson ardent, mais la plupart du temps, c’est à travers des anges ou des prophètes qu’il nous transmet, à nous, les hommes, ses messages et ses commandements. Ces dialogues, qui sont à l’origine de trois livres saints, montrent beaucoup de similitudes, mais aussi de profondes divergences.

Pour la secte dissidente des judéo-chrétiens, c’est Dieu lui-même qui s’incarne pour venir délivrer en personne son message aux hommes. Il se fait homme en la personne de Jésus de Nazareth, « engendré, mais non créé » par son Père et incarné grâce à l’intervention du Saint-Esprit auprès d’une mortelle mariée, mais restée vierge. L’incarnation « historique » de la deuxième Personne Divine et son sacrifice sur la croix, désormais référence de la datation planétaire, sont supposés apporter une nouvelle procédure de rédemption aux hommes, rendus coupables de façon héréditaire, selon cette nouvelle secte, du « péché originel » qui leur barre l’accès au paradis. Cette prétendue interdiction de paradis à cause d’un péché commis par Ève et Adam n’existe ni chez les Juifs, ni chez les musulmans, qui tous comptent sur la miséricorde du Dieu Un et Unique. Selon eux, Adam et Ève ont été suffisamment punis par la perte du paradis terrestre et ils n’ont par conséquent pas transmis leur péché de désobéissance à leur descendance, par ailleurs parfaitement innocente. Pour eux il n’existe pas une rédemption in vivo qui précèderait le jugement de Dieu post mortem.

Selon les Pères de l’Église chrétienne, cette idée révolutionnaire en son temps d’une rédemption des péchés, accordée déjà avant la mort, est supposée se faire en deux temps :

– Dans un premier temps, Jésus « marque l’essai » de la rédemption grâce à son sacrifice sur la croix. Comme au rugby, l’essai marqué restera sans suite tant qu’il ne sera pas transformé. À ce stade, personne n’est donc assuré d’avoir obtenu la rémission de ses péchés, malgré le Sang versé par le Rédempteur !

– Dans un deuxième temps, tous ceux qui croient en Lui, – et donc pas les autres – sont susceptibles de « réussir la transformation de l’essai », et d’obtenir ainsi la levée de l’interdit d’accès au paradis, à condition de se soumettre à l’autorité de l’Église et de ses sacrements, que les Pères de l’Église se chargeront de mettre en place (le baptême, la confession, l’eucharistie, la confirmation, le sacrement de l’ordre, le mariage, le sacrement des malades).

Ce faisant, les pécheurs repentis recevront de l’Église l’absolution de leurs péchés et l’assurance d’accéder au paradis après leur mort. Ils pourront perdre cet état de grâce en retombant dans le péché, mais à chaque fois la religion leur proposera une absolution renouvelée à travers ses sacrements. La foi en Jésus est une condition nécessaire, mais pas suffisante pour entrer au « royaume des cieux ». Il faut être sans péché et en état de grâce, si on veut éviter l’enfer. Pensez à « la porte étroite » et au « chameau qui devrait passer par le chas d’une aiguille ! ». Pensez aussi à la parole de Jésus : « Ceux qui ne sont pas avec moi, sont contre moi »

Constatons également qu’aucune autre religion au monde n’a osé faire une telle promesse de rémission des péchés accordée par procuration divine. Aussi, pour légitimer une telle promesse, les Pères de l’Église catholique devaient obligatoirement se référer aux paroles de Jésus afin de pouvoir en déduire une autorité et une organisation crédibles, car fondées sur un pouvoir reçu directement de Jésus.

Non seulement cette référence était inexistante, mais son contraire se trouvait et se trouve toujours clairement exprimé dans l’Évangile selon Matthieu en Mt 7/22 et 23 et qu’il fallait donc, au minimum, faire passer sous silence.

« Beaucoup me diront en ce jour-là : ‘Seigneur, Seigneur, n’est-ce pas en ton nom que nous avons prophétisé ? En ton nom que nous avons chassé les démons ? En ton nom que nous avons bien fait des miracles ?’ ‘Alors je leur dirai en face : Jamais je ne vous ai connus ; écartez-vous de moi, vous qui commettez l’iniquité.’ »

Pouvait-Il être plus clair dans sa condamnation de ceux qui en son Nom trahiront son message ?

Et allaient-ils néanmoins persévérer dans leur sombre dessein de s’octroyer quand même, et à l’encontre de la parole du Seigneur, les pouvoirs pastoraux nécessaires à diriger nos consciences en Son Nom partout sur cette planète ? Bien sûr que oui ! Et dès lors, ils ont bien dû se résigner à « fabriquer » eux-mêmes une parole de Jésus qui puisse les légitimer en tant que ses prétendus successeurs pour agir en Son Nom, afin de ne pas perdre l’occasion de tirer bénéfice du sacrifice divin sur la croix.

À cette fin ils ont pensé que la conversation entre Jésus et ses disciples à Césarée de Philippe, où Il les interrogeait sur Sa Personne, serait la bonne occasion pour opérer une « majoration claire et indiscutable » du texte.

Il suffirait pour Jésus et pour Simon-Pierre de « se renvoyer mutuellement l’ascenseur » !

Voici les textes selon Marc et Luc concernant ces entretiens à Césarée :

Écoutons Marc 8/27 … :

« Jésus s’en alla avec ses disciples vers les villages de Césarée de Philippe, et en chemin il posait à ses disciples cette question : ‘Qui suis-je au dire des gens ? Ils lui dirent : ‘Jean le Baptiste ; pour d’autres : un des prophètes’  – ‘Mais pour vous, leur demandait-il : Qui suis-je ?’ Pierre lui répond : ‘Tu es le Christ’. Alors il leur enjoignit de ne parler à personne. »

Écoutons Luc 9/18 …. :

« Et il advint, comme il était à prier seul, n’ayant avec lui que ses disciples, qu’il les interrogea en disant : ‘Qui suis-je au dire des foules ?’ Ils répondirent : ‘Jean le Baptiste ; pour d’autres : Élie ; pour d’autres : un des anciens prophètes est ressuscité’ –, ‘Mais pour vous – leur dit-il – qui suis-je ?’ » Pierre répondit : ‘le Christ de Dieu’. Mais lui leur enjoignit et prescrivit de ne le dire à personne. »

Jean (distrait ou absent ?) ne rapporte pas ces entretiens à Césarée de Philippe.

Et voici le texte « corrigé » par les Pères de l’Église grâce à une « ajoute » ou « majoration » (en italique ci-dessous) selon Matthieu qui crée la prétendue base fondatrice de la papauté.

Écoutons Matthieu en 16/13 … :

« Arrivé dans la région de Césarée de Philippe, Jésus posa à ses disciples cette question : ‘Au dire des gens, qu’est le Fils de l’homme ?’ Ils dirent : ‘Pour les uns, Jean le Baptiste ; pour d’autres Élie ; pour d’autres encore, Jérémie ou quelqu’un des prophètes’. ‘Mais pour vous, leur dit-Il, qui suis-je ?’ Simon Pierre répondit : ‘Tu es le Christ, le fils de Dieu vivant’. En réponse Jésus lui dit : ‘Tu es heureux, Simon fils de Jonas, car cette révélation t’est venue, non de la chair et du sang, mais de mon Père qui est dans les cieux.’ »

« Eh bien, moi je te dis : Tu es Pierre, et sur cette pierre, je bâtirai mon Église, et les Portes de l’Hadès ne tiendront pas contre elle. Je te donnerai les clefs du Royaume des Cieux : quoi que tu lies sur la terre, ce sera tenu dans les cieux pour lié, et quoi que tu délies sur la terre, ce sera tenu dans les cieux pour délié. » Alors Il ordonna aux disciples de ne dire à personne qu’il était le Christ. »

Lorsqu’on compare le texte de Matthieu à celui des deux autres évangélistes, les trois textes correspondent largement, tandis que le texte en italique ajouté par les Pères de l’Église au texte de Matthieu, celui-ci ne se retrouve nulle part ailleurs ! La prétendue « promotion » de Simon-Pierre en « vicaire de Jésus sur terre », celui qui commandera l’entrée du paradis, dont il aurait reçu les clefs, est inconnue des autres disciples pourtant témoins à Césarée de Philippe, et qui, dans le cas contraire, n’auraient certainement pas omis de signaler ce véritable scoop qui faisait de Simon-Pierre leur chef direct grâce à la prétendue et exorbitante délégation de pouvoir divin ! Dans ce cas, également, Jean ne serait certainement pas resté muet à l’égard de la prétendue nomination de Pierre comme son chef direct et « vicaire de Jésus sur terre ».

Par l’ajout du texte en gras, les Pères de l’Église se sont offert un « faux chèque en blanc », grâce auquel ils pourront effectivement bâtir leur Église, dite « sainte, catholique et apostolique »!

En opérant cette « rajoute » au texte de Matthieu, ils ont cependant commis deux fautes évidentes.

D’abord, ils ont omis de rajouter cette prétendue promotion de Pierre dans les textes des trois autres évangélistes Marc, Luc et Jean afin d’en supprimer la contradiction par son omission.

Ensuite, ils ont utilisé le mot « Église », pour désigner non plus une simple petite communauté de suiveurs de Jésus, mais en lui octroyant la signification d’une institution structurée et placée progressivement sous les ordres d’une autorité aux pouvoirs divins et souverains. Ce faisant, ils ont commis une faute d’anachronisme, car à l’époque de Jésus, aucun culte ne possédait ce caractère exclusif. Il existait d’innombrables cultes et temples païens, mais il n’y avait pas « une église de Jupiter », « une église d’Isis », « une église de Yahvé » ou « une église de Vénus » ! Toutes ces divinités faisaient l’objet de cultes non exclusifs et pratiqués selon l’intérêt du moment. On s’adresse aux dieux de l’Antiquité comme plus tard pendant la chrétienté, on s’adressera à des saints spécialisés dans l’un ou l’autre domaine d’intervention.

Ce seront les Pères de l’Église, les nouveaux « scribes et pharisiens » que Jésus vouait au feu éternel (Mt 23/25 à 33), et les empereurs romains, qui, beaucoup plus tard, abandonnant la grande tolérance religieuse existante, créeront une « religion d’État » dirigée par un chef aux pouvoirs divins et excluant tout autre culte religieux. Ce chef suprême sera le pontifex maximus, c’est-à-dire l’empereur d’abord, et le pape ensuite, qui finira par s’emparer du titre de « souverain pontife ».

Il faut bien en conclure que la prétendue promotion aux pouvoirs exorbitants de Pierre, n’a jamais eu lieu et que le pouvoir quasi divin des papes n’est qu’une « usurpation ». Et par conséquent, la transmission pyramidale, réalisée par le sacrement de l’ordre et transmis par l’imposition des mains, de ce pouvoir de prononcer l’absolution et de conférer les sacrements par des prêtres ordonnés, est également inexistant et non advenu. C’est bien l’avis de toutes les églises chrétiennes, qui ne reconnaissent pas l’autorité du pape de Rome. La vénérable institution du sacrement de la confession, ce bastion de la foi catholique romaine, transformée au seizième siècle en forteresse contre la Réforme, par le concile de Trente, s’est écroulée comme un château de cartes à la fin du vingtième siècle ! Finies les queues devant les confessionnaux à la Toussaint ou le vendredi saint, où, pendant les heures de pointe, se dispensait « la grâce » en quelques minutes « au compteur » pour chaque pénitent. « Un temps très court » pour la rémission d’un « temps d’enfer éternel » !

Par ces mots, murmurés par une fillette de dix ans : « J’ai été gourmande et j’ai menti » ou par une septuagénaire : « J’ai menti, j’ai été gourmande », que l’on entend encore parfois chuchoter à travers le grillage, la psychologie parle à voix hésitante.

Ce qu’elle dit cependant avec clarté, c’est que sous cette forme, la confession selon l’Église catholique, n’est pas orientée, comme elle se plaît à le dire, pour exercer une action « quasi thérapeutique » sur la détresse des hommes ; mais elle tire toujours, pour l’essentiel, sa consistance de sentiments « d’angoisse et de culpabilité », que l’Église a elle-même suscités, afin de pouvoir ensuite en accorder « la rémission » !

Et dès lors la crédibilité de cette prétendue rédemption par la confession s’est effondrée en Occident. Les églises se vident et la vocation à la prêtrise s’évanouit.

Par ailleurs, il sera de plus en plus difficile de faire croire aux fidèles que, grâce à la rédemption catholique, le pire criminel puisse accéder au paradis s’il se repent et s’il se conforme aux sacrements de l’Église catholique et apostolique romaine. Grâce au sacrifice de Jésus-Christ et aux accommodements imaginés par ses « successeurs », le paradis est désormais réputé être peuplé par une majorité de braves gens pieux, mais aussi de criminels de la pire espèce tels que des pédophiles assassins d’enfants ou des criminels génocideurs, mais « repentis, pardonnés et absous » par l’Église catholique. Il est vrai que Jésus agonisant sur la croix avait déjà donné le mauvais exemple en promettant, sans autres conditions, le paradis immédiat au criminel crucifié à ses côtés, et que depuis lors les chrétiens appellent « le bon larron ».

Quelle « belle communauté conviviale », ce paradis chrétien catholique !

Par la suite et grâce à cette fausse délégation du pouvoir divin, les papes successifs se sont pris au jeu de l’usurpation. Non contents de leur prétendu « pouvoir surnaturel » qu’ils ont voulu « catholique», c’est-à-dire « exclusif et universel », ils ont également œuvré à développer leur « pouvoir temporel ».

Confondant « ce qui est à César et ce qui est à Dieu», le pouvoir temporel des papes a été créé grâce à la collusion des « papes » et des « pépinides-carolingiens ».

Ceux-ci, roturiers et ex-maires de palais, après avoir chassé et emprisonné « le dernier des rois Mérovingiens, déclarés opportunément ‘rois fainéants’ » – mais tout de même, depuis Clovis, « rois de droit divin » –, avaient donc aussi un problème de « légitimité ».

Mais grâce à leur action envers le pape, qu’ils avaient délivré militairement et restauré sur son trône, les carolingiens, ont obtenu en retour, d’être sacrés « rois » d’abord et « empereurs du saint empire germanique » ensuite par le pape reconnaissant.

Et par un deuxième « renvoi d’ascenseur », le pape a « reçu » en retour par la fausse « donation de Constantin » le pouvoir temporel sur ce qu’on a appelé plus tard « les États pontificaux » : les imposteurs se sont légitimés mutuellement!

La palme de l’outrecuidance dans l’imposture, revient aux papes, car non seulement ils sont parvenus à se faire admettre comme « chefs d’État » d’une puissance temporelle riche et considérable, mais également dans le domaine surnaturel, où ils se sont même autoproclamés, depuis 1870, « infaillibles en matière de doctrine de la foi ».

En voyant l’opulence de la papauté et les mœurs criminelles de certains prêtres pédophiles – il faudrait dire « pédoclastes ! » – couvertes par le silence hypocrite et coupable du magistère romain, partout dans le monde, Jésus de Nazareth s’indigne et se retourne sur son nuage !

Car, en effet, à lire les Évangiles, on s’aperçoit que Jésus est un homme chaleureux qui aime les pauvres, les malades, qui protège la femme adultère, qui accueille le centurion, qui loue le bon samaritain plus que ses concitoyens et, dès lors, il est surprenant de constater qu’en même temps, il voue un groupe d’hommes, sans distinction, au feu éternel. Il s’agit des « scribes et des pharisiens » qualifiés par lui « sépulcres blanchis » et de « race de vipères » (Mt 23/13 à 36).

Écoutons également Marc 12/38 à 40 :

« Gardez-vous des scribes, qui aiment à se promener en robes longues, et à être salués dans les places publiques ; qui recherchent les premiers sièges dans les synagogues, et les premières places dans les festins ; qui dévorent les maisons des veuves, et qui font pour l’apparence de longues prières. Ils seront jugés plus sévèrement ».

Parmi tous ces docteurs de la loi, se distingue par son charisme et son militantisme, Saül de Tarse, un homme de grande intelligence. Il n’a jamais rencontré Jésus de Nazareth, mais il sera néanmoins le zélé persécuteur de la nouvelle secte, avant d’en devenir, par sa conversion, le principal promoteur sous son nouveau nom, saint Paul. C’est principalement grâce à son action de propagation de la nouvelle foi que, plus tard, les empereurs de Rome, abandonnant la grande tolérance religieuse existante, feront de cette secte judéo-chrétienne la religion d’État, excluant toute autre religion. Confondant ce qui est à César et à Dieu, elle deviendra une puissance temporelle et spirituelle considérable, dont l’outrecuidance culminera dans le dogme de l’infaillibilité doctrinaire de son pape, dernier maillon de la chaîne des « scribes et des pharisiens », que Jésus détestait tant.

Et encore de nos jours, les successeurs de Paul et de Pierre occupent les premières places dans les manifestations adressées à des foules de jeunes fanatisés et endoctrinés du monde entier. Leur majesté proclamée et mise en scène à grands frais est telle qu’elle dépasse celle des grands de ce monde puisque dans ce XXIe siècle encore, des rois viennent s’agenouiller devant eux.

Et jusqu’à présent, il faut bien reconnaître que ce sont eux qui ont eu le dernier mot !

N’est-il pas grand temps, dès lors, de « dénoncer cette imposture » afin que s’achève enfin la métamorphose en cours, propre à toutes les religions passées, même les plus prestigieuses, comme celle des pharaons, mais finalement et définitivement mortes, car rejetées par tous, selon un processus qui se répète depuis la nuit des temps ?

Car, comme le têtard qui, grandissant, perd sa queue et devient grenouille, la religion qui perd ses fidèles, devient mythologie, c’est-à-dire une religion folklorique morte parmi les autres religions ayant perdu la face. Amen !

P.S. : Le lecteur comprendra mieux pourquoi l’Église s’est opposée dans un premier temps aux imprimeurs, tels que Gutemberg, qui ont permis la diffusion de la Bible traduite en langue vulgaire, et ensuite, compte tenu de l’échec de son interdiction, la papauté a même interdit aux fidèles la lecture des Évangiles. Lisez à ce sujet l’extrait d’une déclaration de Gabriel Ringlet, vice-recteur de l’Université catholique de Louvain (voir ci-après).

Annexe

« C’est au sein de l’Église elle-même, que des voix se lèvent pour dénoncer l’incohérence coupable du magistère romain. »

Gabriel Ringlet, prêtre et vice-recteur de l’Université catholique de Louvain, ose prendre ses distances avec Rome en citant l’extrait suivant dans sa préface du livre Les mondes du sacré par Jacques Rifflet, Éditions Mols :

« … À ce propos, laissez-moi vous emmener quelques minutes au cœur du XVIe siècle, en 1550 très exactement. Cette année-là, Jules III, 219e pape, vient de monter sur le trône romain. Il est à peine élu que des cardinaux se précipitent au Vatican pour prodiguer au nouveau pontife ces quelques ‘conseils’ dont la Bibliothèque nationale de Paris a très heureusement gardé trace. Et notamment celui-ci :

« La lecture de l’Évangile, (très Saint-Père), ne doit être permise que le moins possible, surtout en langue moderne et dans les pays soumis à votre autorité. Le très peu qui est lu généralement à la messe devrait suffire et il faudrait défendre à quiconque d’en lire plus.

Tant que le peuple se contentera de ce peu, vos intérêts prospèreront, mais dès l’instant qu’on voudra en lire plus, vos intérêts commenceront à en souffrir. Voilà le livre qui plus qu’aucun autre provoquera contre nous des rébellions, des tempêtes qui ont risque de nous perdre. En effet, quiconque examine diligemment l’enseignement de la Bible et le compare à ce qui se passe dans nos Églises, trouvera bien vite les contradictions et verra que nos enseignements s’écartent souvent de celui de la Bible et plus souvent encore s’opposent à celle-ci. Si le peuple se rend compte de ceci, il nous provoquera jusqu’à ce que tout soit révélé et alors, nous deviendrons l’objet de la dérision et de la haine universelle. Il est donc nécessaire que la Bible soit enlevée et dérobée des mains du peuple avec zèle, toutefois sans provoquer de tumulte. »

Et voilà que par leur aveu, les cardinaux fournissent eux-mêmes la preuve éclatante de l’imposture catholique en trahissant le message du Christ.

Et dès lors on les comprend dans leur insistance à vouloir à tout prix exercer une ferme autocensure à l’égard de leur propre livre saint.

Pour ne citer qu’un exemple parmi plusieurs, afin de nous faire comprendre pourquoi certains versets de l’Évangile constituent un réel danger pour la crédibilité de l’Église catholique, lisons saint Matthieu qui nous rapporte les paroles de Jésus :

« Beaucoup me diront en ce jour-là : ‘Seigneur, Seigneur, n’est-ce pas en ton nom que nous avons prophétisé ? En ton nom que nous avons chassé les démons ? En ton nom que nous avons fait bien des miracles ?’ Alors je leur dirai en face : ‘Jamais je ne vous ai connus ; écartez-vous de moi, vous qui commettez l’iniquité’ » Mt 7/22 et 23.

On comprend dès lors, la réticence des cardinaux à laisser lire l’Évangile par les fidèles, car ces paroles de Jésus anticipent la perte de crédibilité de l’Église, de son magistère, et de tous les saints. Il fallait absolument cacher cela aux fidèles et surtout ne jamais s’y référer en « chaire de vérité » !

Mais en même temps, la citation de cet extrait par le prêtre éminent qu’est Gabriel Ringlet, comporte une vraie « bonne nouvelle », car elle montre qu’au sein de l’Église, on ose maintenant dénoncer l’hypocrisie et la supercherie de Rome ! Il n’y a pas si longtemps, une telle critique eut été impensable, car elle aurait constitué une menace mortelle pour son auteur. Le vice-recteur de l’Université catholique de Louvain mérite notre respect pour son courage et son honnêteté. Mais tout ceci donne également raison aux cardinaux, qui avaient bien annoncé, par leur crainte et leurs conseils, « l’actuelle déchristianisation ».

La naissance, le développement et la mort des mythologies ou des religions, suivent souvent un même schéma. Dans un premier temps apparaît le mythe fondateur, autour de la divinité centrale : Osiris, Zeus, Jupiter, Yahvé, Jésus. Ensuite ce mythe est augmenté (ou « majoré ») par des divinités secondaires, des dieux, déesses, demi-dieux, héros, prophètes, saints, papes, ayatollahs… et ce développement va de pair avec la collusion entre le pouvoir et la religion.

Chez les Romains, Caesar est également le Pontifex Maximus (celui qui fait le pont entre les dieux et les hommes). Au début de la chrétienté, on voit s’édifier le césaro-papisme, pouvoir monolithique et totalitaire, où le pape finit même par s’approprier le titre impérial de Pontifex Maximus ou souverain pontife. Pendant des siècles, l’Occident a vécu dans une chrétienté, où toute hérésie est réprimée par la force, la torture, le bûcher. Mais petit à petit, la Réforme et les Lumières finissent par éroder le pouvoir de l’Église : l’absolutisme de droit divin est balayé par la Révolution.

Désormais les papes devront se contenter de conclure des accords avec les gouvernements en faisant des concessions : leur avis n’a plus force de loi. Ils continueront de faire des tentatives répétées pour reprendre le pouvoir par de nouveaux dogmes (Quanta Cura et son Syllabus Errorum, l’« infaillibilité du pape en 1870… ») où ils se radicalisent de plus en plus, mais en vain. Bien vite, ils se voient réduits à négocier avec les États et à accepter des concordats selon le principe du « donnant-donnant ». Mais malgré cela, la sécularisation progresse, les églises se vident et les vocations des prêtres sont en chute libre ! Et même les concordats finissent par être dénoncés, après l’effondrement des régimes de Napoléon, de Hitler, de Mussolini, de Salasar, de Franco…

La déchristianisation avance inexorablement !

Comme par un déphasage en retard sur l’Occident, dans la plupart des pays musulmans, sévit encore ce qu’on pourrait appeler par analogie, le césaro-ayatohlisme, qui se caractérise à son tour par la dictature, la violence et le terrorisme. En retardant ainsi leur émergence du sous-développement, la loi de la sharia fait payer le prix fort à ces pays soumis au fanatisme religieux. Ce n’est que très sporadiquement que se lèvent au sein de l’islam des voix qui s’opposent au terrorisme et demandent une interprétation modérée et actualisée de leur livre saint et une évolution vers la démocratie et la laïcité.

Comme Sigmund Freud, espérons qu’un jour, l’humanité puisse se guérir de sa « névrose obsessionnelle religieuse », où le christianisme et son « livre saint », ne sont pas les seuls en cause !

Dans sa quête de spiritualité, l’homme moderne éprouve de moins en moins le besoin de « religions constituées ». Il les remplace de plus en plus par la méditation philosophique, la musique, la littérature, la peinture et toutes les autres formes d’expression issues de son imagination, parce qu’elles lui procurent l’apaisement, le goût de vivre, la sensation de bien-être, la passion et l’extase artistique, débarrassée de sentiments de fausse culpabilité et sans pour autant proclamer « une vérité à prétention universelle » !

Et comme résultat final de cette viscérale opposition, Jésus est crucifié à la demande de ces scribes honnis. Et après sa mort, ce seront les mêmes qui se faisant appeler « Pères de l’Église » trahiront son message en bâtissant, conformément à sa demande, une église qui n’a plus rien à voir avec Lui (Mt 7/22 et 23).

Le message de Jésus et ce qu’en a fait l’Église catholique, ont très justement suscité la phrase célèbre d’Alfred Loisy, prêtre excommunié et néanmoins professeur d’histoire des religions au Collège de France :

« Jésus a annoncé le Royaume, mais c’est l’Église qui est arrivée » !

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Informations complémentaires

Année

2011

Auteurs / Invités

Willy De Winne

Thématiques

Christianisme, Questions et options philosophiques, politiques, idéologiques ou religieuses