La radiodiffusion en Belgique avant 1955

          Avant 1940, il n’existait pas de monopole pour la diffusion radiophonique. Coexistaient donc des postes émetteurs locaux qui vivaient de ressources publicitaires (Radio Schaerbeek, Radio Conférences, Radio Chatelineau, etc.) et dont le fonctionnement était semblable au Radio Belgique de Théo Fleischman, ancêtre de l’INR.

          Trois organismes, gérés chacun par un parti politique traditionnel, assuraient la programmation d'une journée hebdomadaire de radio, information exclue.

          Après la Libération, en 1945, la loi sur les moyens audio-visuels se modifie en profondeur. Le monopole de la diffusion par les ondes est confié à l'Institut national de Radiodiffusion (INR). Cet Institut n'a pas reconduit dans la participation à ses programmes l’action des organismes politiques extérieurs qui existaient avant la guerre. En contrepartie, l’INR a décidé d’organiser des tribunes politiques, syndicales, interprofessionnelles et religieuses. La programmation de ces « tribunes » relevait de Commissions consultatives et leur gestion était confiée à des associations reconnues.

          Dès 1945, le conseil d’administration de l’INR accordait à la Radiotélévision religieuse catholique (RTC) le droit de diffuser annuellement cinquante-deux émissions radio de trente minutes. Ces émissions étaient indépendantes de la retransmission des services et des événements religieux et venaient s’ajouter à l’information sur les faits religieux préparée par les services de l’INR lui-même. La diffusion de ces émissions était programmée à une heure de grande écoute en ces temps où la concurrence des ondes ne faisait pas rage : elle était placée dans la grille chaque dimanche à 19 heures.

          À cette époque, aucun groupe structuré ne représentant la laïcité, l'Institut produisait directement les émissions dites de « philosophie et morale laïques ». De 1945 à 1955, en radio, la lecture d’une conférence de dix minutes a été diffusée chaque jeudi, à 18 heures. La programmation de ces émissions était déterminée par un fonctionnaire répertorié comme « libre penseur ». Les conférenciers étaient souvent choisis dans le milieu laïque, mais les programmes et les interventions se trouvaient hors de tout contact avec les associations laïques existantes (la Ligue de l’Enseignement, l’Union des Anciens Étudiants de l’U.L.B., l’Extension de l’U.L.B., l’Union rationaliste, etc.).

          Le contrat a été exécuté loyalement par l’INR. Mais au dynamisme d'une radio catholique, animée par des personnes engagées dans la propagande doctrinale et utilisant des techniques bien adaptées – dont la diffusion des émissions se situait le dimanche à 19 heures, entre l'émission enfantine « Radio-Jeunesse » (de grande écoute) et les informations sportives – ne correspondait qu’une simple conférence de dix minutes, programmée le jeudi à 18 heures et gérée par un journaliste plus motivé par sa fonction professionnelle que par la défense des idéaux de la laïcité.

          Au sein des associations laïques existantes, aucune revendication n’avait été émise. En 1955, l’on n’imaginait guère l’importance qu’allaient prendre au fil du temps les médias dans la vie publique.

          Par ailleurs, la télévision fonctionnait régulièrement depuis 1953 et la RTC avait obtenu dès le départ le droit de diffuser vingt-six émissions annuelles de trente minutes.


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